RUINES ROMAINES de Philippe Minyana

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Mise en scène : Pascal JOLY

Avec :

                    HELENE :  Anna Martins
                    VINCENT : Daniel Camus
                    MORIN : Pascal JOLY

LA PIECE

Ruines romaines, c’est tout d’abord une magnifique comédie qui nous entraîne dans le milieu de l’enseignement, par le biais de trois personnages, deux professeurs de collège et un conseiller d'éducation. L'une se soigne à l'homéopathie, l'autre part en cure pour ses bronches, le troisième promène depuis dix ans sa vieille mère infirme... Rythmée par des courtes scènes et entrecoupées de trois chansons, nous pénétrons dans leurs univers et lieux de rencontres : la salle des profs le jour de la rentrée scolaire, un square près du collège, dans l’appartement d’une collègue lors d’un anniversaire un peu trop arrosé, puis dans leurs appartements réciproques.

Ces trois personnages, un peu décalés, à la fois drôles et attachants, nous parlent de leurs espoirs, leurs joies, leurs petites plaies cachées. Mais sous le rire, peu à peu, se dévoile le drame de trois existences plongées en solitude, chacun prisonnier de son propre microcosme, recherchant l'amour par des chemins différents. Ils évoluent côte à côte, se parlent sans s'écouter, se regardent sans se voir, s'aiment sans se le dire ou sans vouloir se l'entendre dire.

Tous ces personnages sont à la fois vrais et dérisoires, c’est la force de l’univers de Minyana.

Hélène : J’ai mal aux pieds. Ce matin j’ai hésité entre des chaussures plates et des chaussures à talon. Je sais que les chaussures plates me font le mollet comment dire un peu lourd alors j’ai mis des chaussure à talon et j’ai mal aux pieds…on peut donc dire que ça commence mal !?…Non en fait c’est Laurence. C’est à cause de Laurence depuis mon divorce ma fille est bête ! Vous étiez en vacances en Espagne ?

Vincent : Des excréments au nord des guêpes au sud ! Ma mère s’est fait piquer par une guêpe dans le sud. L’œil gauche. Ma mère marche très difficilement « ses jambes » ! Et avec cet œil ! Heureusement que j’ai mon fils chéri !…Quinze an d’Espagne et de Gaspatcho ! Elle parle tout le temps un flot ininterrompu… J’aime ma mère bien sûr ! Elle avait un poste intéressant aux PTT à Vesoul…En fait je hais le mois d’août…

Morin : J’ai fait une cure à Allevard pour mes bronches. J’y suis resté trois semaines. C’est le temps réglementaire… A Allevard on voit toutes sortes de gens. J’ai vu un homme. Enfin il paraît que c’est une femme en tout cas une femme qui aurait l’air d’un homme je n’ai pas regardé de près ! … J’ai acheté un hamster ! C’est comme une personne on lui parle le matin avant de partir le soir en rentrant. Les hamsters sont très attentifs !…

L’AUTEUR

Philippe Minyana est né en 1946 à Besançon. Il est l’aîné de trois enfants. Son père est contremaître aux usines Peugeot et sa mère tient l’épicerie autour de laquelle la maison familiale est organisée. Il s’intéresse au théâtre à partir de 17 ans, sans toutefois songer à en faire son métier. Il obtient une maîtrise de lettres et enseigne le français pendant neuf ans. Ce n’est qu’à 32 ans qu’il rédige sa première pièce Premier trimestre. En 1979, il quitte l’enseignement et s’installe à Paris. Tout en continuant d’écrire il réalise son désir de jeunesse en devenant comédien jusqu’en 1985. Ses textes commencent à être montés et publiés. Avec Inventaires, il obtient le prix de la SACD, puis une nomination aux Molières en 1998, comme meilleur auteur. A ce jour, Il a écrit une trentaine de pièces. Une grande partie de ses pièces ont été monté par le metteur en scène Robert Cantarella, au théâtre National de Dijon, qui fut aussi leur lieu de résidence.

Ruines romaines fait partie de ses premières pièces, que lui-même nomme thérapeutique. Elle a été écrite en 1981 pour le Nouveau répertoire dramatique de France Culture, puis monté sur scène en 1986, elle est située dans le milieu provincial, familial et professionnel qui était alors le sien.

Au fil des années, Philippe Minyana s’est imposé comme un des auteurs les plus novateurs et les plus féconds de sa génération, il est sans cesse en perpétuelle recherche.

NOTE D’INTENTIONS

Au commencement, il y a toujours la rencontre avec un texte, une écriture. Celle de Philippe Minyana est particulièrement riche, réaliste et percutante. Puis, pour le comédien que je suis, l’intérêt se porte tout naturellement vers la sensibilité des personnages, leurs vécus, leurs blessures, leurs faiblesses. Avec le temps je me suis aperçu que les gens faibles et vulnérables étaient ceux qui m’intéressaient le plus à jouer ou à mettre en scène. Les personnes qui réussissent par tout et en tout, qui semblent si sûr d’elles m’ennuient profondément.

Les trois personnages de Ruines romaines, sont à la fois, humains, car proche de nous, il nous semble les avoirs déjà croisés quelque part et nous renvoie une part de nous même. Ils sont aussi suffisamment caricaturaux, pour nous rassurer de ne pas les avoirs dans notre cercle de connaissances. Mais tellement attendrissant par leurs faiblesses, leurs petites plaies intérieures, leurs errances solitaires, leurs existences subies, que l’on voudrait les consoler un peu.

Dans cette petite ville de province où tout se sait, tout se dit, les trois enseignants, se retrouvent par solitude interposée. Le temps d’une année scolaire, ils nous amusent par leurs dialogues à contre temps, ils nous font espérer, que l’amour d’un autre, d’une autre leur fera quitter cette routine, jusqu’à ce que tout s’enfonce dans la solitude, la cécité et la résignation.

Dans un décor plus proche du figuratif que du réalisme, l’accent est mis sur le comique des personnages et le réalisme de leurs sentiments. Trois chansons et une chorégraphie illustrent la poésie grinçante de ces personnages. L’alchimie de cette pièce réside dans un savant dosage entre l’humour, le semblant de caricatures et la grande détresse morale des personnages.

Pascal Joly